La ligne à usage unique

Publié le par Hafiz

C’était un après midi d’hivers fiévreux. J’avais traversé la moitié de la ville à pied, sous la pluie et le vent. La température de mon corps avoisinait les 39 degrés et mon crane était sur le point d’exploser. Je fis le reste du trajet en bus. Du moins voulus je le faire une foi arrivé devant ce « terminus » au milieu de nul part où même après une demi heure d’attente nul bus n’osait approcher. Mais mes supplices en valurent la peine !

 C’est ainsi que je pu m’ébahir devant la dame au volant ! La dame au volant, chauffeuse de son état, n’en était pas une. Elle était trop belle pour cela, trop infiniment classe, digne, c’était une aristocrate, une princesse, une reine. Et pourtant… son visage, d’un âge indéfinissable s’érodait déjà sous les flots des spermes que lui envoyaient quotidiennement ses collègues (ou du moins : ce qui lui faisait lieu de collègue) dans leurs habituels fantasmes masturbatoire. De ce sperme imaginaire sans cesse renouvelé elle périssait. Elle avait cette beauté indéfinissable, sur le retour, cette beauté déchue qui trouvait un second souffle dans la déchéance. Mon trajet ne fut que contemplation. Alors que nous croisions un autre bus, le chauffeur d’en face lui a sourit. Ce qu’habituellement j’aurais interprété comme une simple camaraderie de gens de même métier me sembla cette foi si n’être que perversité vicieuse, dégueulasse. J’avais envie d’effacer son sourire puant et mièvre de sa bouche grasse. Ce désir ce matérialisa rapidement à mes yeux par le fait de la fièvre qui rongeait mon corps et mon esprit et dans quelques crises de délires je me vis très clairement entrain de lui éclater la tête contre le volant. Outre cet incident, le voyage se passa sans encombre, guidé par ma reine dépossédée, mon cadavre digne, ma merveille fade. Mais je sentais que tout cela touchait à sa fin. Que bientôt, mon arrêt approcherait, que je devrais disparaître et l’oublier, que je ne reviendrais jamais sur cette ligne de bus à usage unique. En l’espace de quelques secondes j’eu le temps de m’imaginer lui déclarant mon amour. Cela dit, la théâtralité exacerbée et hollywoodienne d’une telle idée m’en empêchât. Finalement je voulus juste la remercier de m’avoir donné un peu d’inspiration, de m’avoir poussé à écrire.

Je n’en fis rien.

Une foi dehors, le vent gifla mon visage brûlant.

Publié dans La rue

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Martin Rémi 25/06/2007 01:51

Bonsoir ici rémi tu te souviens? kle soir de la fete de la musique au Komodo bar?

pascale 17/08/2006 01:32

Mouarf ! J’adore ;-)

léa 23/04/2006 21:29

Sous ses airs de dure, brisant les filles d'un simple regard se cahce un romantique, troublé et...attentionné [?] ^^ (j'en ai mis un, j'ai mis le temps mais je l'ai mis...)

hippiegirl 24/02/2006 16:18

La magie de la rencontre c'est qu'il n'y a aucune communication. Il n'y a que le rêve.

Laura 21/02/2006 19:23

pardon?